Dette publique : « La France ne peut pas se permettre d’avoir des budgets à l’eau tiède » alerte Philippe Dessertine
Grèves, blocages, manifestations… Dans un climat de lassitude et de défiance, le 18 septembre a été marqué par une nouvelle journée de mobilisation contre le budget 2026 du gouvernement Bayrou. Invité de la matinale, Philippe Dessertine, économiste et auteur de L’Horizon des possibles (Robert Laffont), dresse un constat accablant.
Daphnée Cataldo.
Candidat aux élections municipales de Bordeaux en mars 2026, Philippe Dessertine reconnaît ne pas avoir un parcours politique classique. Il revendique pourtant cet atypisme comme loin d’être illégitime : « on a eu des chefs d’entreprise qui se sont présentés », rappelle-t-il en citant Bertrand Delanoë, maire de Paris de 2001 à 2014 et qui « avait une agence de communication ». Pour lui, ce type de profil illustre une rupture croissante entre les élites traditionnelles et les citoyens. L’économiste estime que « la solution ne viendra pas du sommet de la pyramide, et que les élections importantes dans les temps qui viennent ne seront pas la présidentielle, mais les municipales ».
L’économiste relie d’ailleurs cette défiance au climat social actuel : « dans toutes les grandes démocraties aujourd’hui, on a une crise sociale et identitaire qui est énorme par rapport aux élites, aux dirigeants. Cette idée qu’il y a une rupture… en fait, vous ne vivez pas ce que nous vivons, vous ne comprenez pas ce qui se passe, ce qui est d’ailleurs quelque chose qu’on a beaucoup entendu hier dans les cortèges : « vous êtes dans le déni ». »
La gestion de la dette publique
Le cœur du discours de Philippe Dessertine concerne la dette publique, qu’il considère comme le véritable talon d’Achille de la France. « Depuis les élections législatives, je dis que l’Assemblée actuelle ne pourra pas voter les budgets dont a besoin la France. On l’a vu avec Michel Barnier. On retrouve exactement la même situation mais de façon plus hâtive avec François Bayrou. La France, dans l’état où elle est, ne peut pas se permettre d’avoir des budgets à l’eau tiède. » L’invité redoute une politique faite de compromis stériles, « une catastrophe pour la France si nous poursuivons cette politique. »
L’économiste se prononce aussi contre certaines pistes pour réduire le déficit, comme la taxe Zucman sur les grandes fortunes. A ses yeux, ce n’est pas en alourdissant la fiscalité des entreprises ou des investisseurs que l’on trouvera une sortie de crise. Il plaide plutôt pour une baisse de la Contribution sociale généralisée (CSG), « c’est typiquement l’impôt qu’on ne voit pas, il n’est d’ailleurs pas comptabilisé comme impôt puisque c’est une charge sociale. »
Pour Philippe Dessertine, la seule voie plausible reste celle de la création de valeur par l’innovation. « L’innovation est le cœur du cœur. Nous vivons une époque de découvertes scientifiques incroyables, mais l’Europe est à la traîne, et la France encore plus. »



