Municipales à Bordeaux : Dessertine, de la sensation de la campagne au renoncement surprise
Parti de nulle part en septembre dernier, l’économiste Philippe Dessertine, troisième homme du premier tour, sûr de sa bonne étoile, a annoncé son retrait mardi soir, se retranchant derrière l’arithmétique. S’il balaye toute forme de pression, il laisse le champ libre au macroniste Thomas Cazenave face à Pierre Hurmic, le maire sortant écologiste.
Par Daniel Bozec
Quelle déflagration ! Mardi 17 mars, dans une salle municipale du quartier de la Benauge, à Bordeaux, là même où devait se tenir son second meeting d’entre-deux-tours, Philippe Dessertine s’excuse de ne pas arpenter la scène comme à son habitude, sans notes. Assis à une table, allocution écrite en main et voix d’outre-tombe, l’économiste médiatique et candidat société civile (classé divers centre) en vient sans tarder aux « 20,2 % » de suffrages qui se sont portés sur son nom : « Je dois me rendre à l’évidence : la victoire dimanche prochain n’est pas envisageable. » Un ralliement non plus, en l’occurrence à Thomas Cazenave, député macroniste et candidat de la droite et du centre : « Aucune discussion, aucune tractation, aucune négociation », poursuit Philippe Dessertine. « J’ai pris la décision de me retirer dès ce soir.
Dans la salle, des Bordelais croyant assister une réunion publique lambda, mais aussi bon nombre de colistiers et soutiens de Philippe Dessertine, yeux rougis, qui lui envoient en retour des applaudissements. Voix de baryton, l’un d’eux crie « on a gagné ! on a gagné ! » mais le cœur n’y est plus, personne ne reprend à l’unisson. Un début de soirée crépusculaire. La veille, dans une salle de Caudéran, le candidat Dessertine ne se départissait pas de son optimisme à tout crin, rappelant le chemin parcouru depuis son entrée en campagne, mi-septembre, et la dynamique toujours à l’œuvre, fût-il le troisième homme du premier tour, derrière Pierre Hurmic, le maire sortant écologiste en position précaire (27,67 %) et Thomas Cazenave (25,58 %).
Au-dessus des partis
Cet universitaire bordelais, enseignant à Paris et habitué des plateaux de l’émission « C dans l’air », où il était chroniqueur jusqu’en septembre dernier, aura constitué l’attraction de la campagne bordelaise, au fil des quelques sondages le plaçant toujours un peu plus haut. Son programme ? Des lignes fortes s’articulant autour d’un gros package sécuritaire, d’une appétence pro-innovation et de la quête d’investissements privés sur fond d’assèchement des finances publiques, le tout porté par un contact aisé et quelques fulgurances visionnaires.
S’y ajoutait une propension grandissante à se placer au-dessus des partis, Philippe Dessertine se faisait fort de rejeter les approches de Thomas Cazenave pour mieux les recycler en argument de campagne, lui qui s’agaçait, pas plus tard que la semaine dernière, devant « ces rumeurs de calculs, de négociations qui salissent la campagne ». C’était avant le revirement de mardi soir. « Je crois plus que jamais que ce système politique est la cause principale des difficultés que rencontre notre pays. Notre démarche reprendra tout son sens quand les projets reviendront au cœur des débats », a-t-il pointé, à la fin de son discours.
Pressions ou pas ?
Devant une nuée de journalistes, le candidat économiste s’est retranché derrière l’arithmétique : « Le chiffre n’était pas suffisant. » Et c’est mardi, « à 5 heures du matin », après « une nuit courte », que Philippe Dessertine s’est résolu à abandonner la course. Les pressions politiques, plus ou moins amicales, n’ont-elles pas pesé ? « Des pressions, nous en recevons depuis six mois », semble balayer l’intéressé, qui concède simplement que « le système n’aime pas les candidats hors système ».
« C’est une décision très difficile. Avec 20 % des voix, il ne pouvait pas emporter Bordeaux, il préfère se retirer, cette décision permet à l’alternance de réussir », estime de son côté Thomas Cazenave ce mardi soir. Le retrait de Dessertine lui dégage la voie, estime le député macroniste, qui ajoute que leurs deux projets étaient proches et qu’il a « cherché le rassemblement jusqu’aux dernières minutes » avec Philippe Dessertine.
Selon Pierre Hurmic, ce désistement n’est autre que la conséquence des « pressions, coups bas et attaques subies », autant de « méthodes qui illustrent la violence et la brutalité de Thomas Cazenave et son peu de respect pour la démocratie. »
Sans surprise, Philippe Dessertine n’apporte son soutien « à personne » et, s’il a réalisé ses scores les plus élevés dans les quartiers aisés de Bordeaux, n’allez pas lui dire que son retrait laisse un semblant de boulevard à Thomas Cazenave. « On m’a qualifié de faiseur de roi. Ça n’est pas la question qui m’intéresse. » D’ailleurs, celui qui promettait « un plafond de verre » au candidat macroniste, et donc sa défaite annoncée, le dit, relancé par un journaliste : « Je le pense toujours. »
À la sortie, dans le hall, Françoise, retraitée et mère d’une colistière, s’est fait une idée du renoncement de son champion : « Il représentait la liberté, la générosité. On anéantit mon espoir. Les textos, les mails, les luttes d’influence, on connaît, tonne-t-elle. C’est un déni de démocratie ! » Elle a beau être « de droite », elle votera « Pierre Hurmic ». Lequel a réagi, hier soir, disant « regretter l’appauvrissement du débat démocratique ».


