Municipales 2026 : à Bordeaux, quatre piliers – et une idée choc sur le MIN – pour Philippe Dessertine
Dans le cadre des élections municipales, Placéco interroge les principaux candidats au mandat de maire de Bordeaux.
Par David Morel
Universitaire et économiste, Philippe Dessertine se présente en candidat citoyen aux élections municipales à Bordeaux. Il expose les piliers de son programme économique.
Quelles sont les principales mesures de votre programme sur le plan économique ?
Mon programme s’articule autour de quatre grands éléments économiques que je veux développer : le commerce, le tourisme, l’artisanat et l’artisanat d’art, et enfin les nouvelles technologies pour générer de nouvelles prospérités. Cette notion de nouvelle prospérité consiste à jouer à fond l’attractivité de Bordeaux en créant des synergies entre nos forces de recherche et nos entreprises pour apporter la croissance dans un contexte de compétitivité mondiale extrêmement forte. Nous disposons de deux pôles majeurs : l’intelligence artificielle générative et l’ordinateur quantique. Ce sont deux types de recherche cruciaux pour les industries d’armement, qui seront le seul domaine bénéficiant de financements publics massifs dans les années à venir. Nous devons exploiter cette synergie avec des acteurs comme Dassault, Thales ou Safran déjà présents sur notre territoire.
Ma stratégie est claire : le maire doit simplifier au maximum les demandes des partenaires, des entreprises et des chercheurs. Je propose un guichet unique et un mode de fonctionnement ultra-simple pour accélérer les procédures. Cela passe par des réponses pragmatiques : trouver immédiatement des logements et des crèches pour les familles des chercheurs que nous voulons installer. L’influence du maire est ici directe, notamment sur les permis de construire et les services économiques de la ville. Nous devons être réactifs et agiles face à la compétition mondiale, en utilisant tous les réseaux académiques et internationaux, notamment avec l’Italie et l’Allemagne pour les technologies de l’espace. Je veux créer des agrégations de dynamiques autour de la recherche et des entreprises, en utilisant l’attractivité de notre environnement.
Les technologies de l’espace s’appuieront sur le quantique et l’IA pour servir le développement durable, notamment via les technologies de l’eau. Bordeaux, ville construite sur l’eau, doit devenir un pôle majeur de la lutte contre le dérèglement climatique, ce qui constitue un vecteur de croissance énorme. Nous ne pouvons pas rater ce train ; il faut aller très vite car, dès 2026, l’argent public se fera rare et nous ne pourrons plus compter sur les financements traditionnels comme ceux espérés pour la LGV. Mon rôle sera de sanctuariser le service public tout en créant ces dynamiques de territoire indispensables.
Dans un contexte de transition écologique et numérique, quels nouveaux leviers le maire de Bordeaux actionnera-t-il pour maintenir le tissu économique local, notamment commerce, tourisme, artisanat, dans la course ?
Le commerce et l’artisanat sont le cœur de la ville et le quotidien de chaque Bordelais ; s’ils meurent, la ville meurt. Ma stratégie n’est pas de maintenir le commerce, mais de le développer pour qu’il dégage des marges suffisantes. Le commerce a besoin de trois piliers : sécurité, propreté et accessibilité. Je mets un accent absolu sur le commerce indépendant, qui fait la force de Bordeaux. Pour la logistique, je favoriserai les approvisionnements locaux et les produits du Sud-Ouest, en privilégiant les fourgons électriques et en installant des infrastructures de recharge adaptées. Comme nous ne pourrons pas investir massivement dans les transports publics à moyen terme faute de finances, nous devons conserver une mixité des mobilités, incluant le vélo et l’automobile.
Pour dynamiser le commerce de centre-ville et de quartier, je propose des solutions technologiques agiles comme un disque bleu technologique permettant des arrêts gratuits de vingt minutes pour les courses rapides. Nous organiserons également un stationnement à long terme facilité, avec des coûts légers le samedi après-midi, et déploierons des feux intelligents pour fluidifier le trafic aux heures de pointe. Concernant l’artisanat, je veux le réimplanter dans Bordeaux avec des zones de livraison simplifiées et la création de rues des arts, sur le modèle de Toulon.
Nous allégerons au maximum la fiscalité et les obligations d’implantation. L’aspect formation est crucial : je propose des écoles d’art au Grand Parc ou à la Benauge, en lien avec la Philomathique en centre-ville, pour créer une véritable cité de l’artisan. Pour le tourisme, nous devons viser le haut de gamme et le tourisme d’affaires en créant des événements internationaux comme un Davos du vin au Parc des Expositions. L’objectif est d’attirer des touristes qui dépensent localement, en proposant une offre culturelle riche répartie dans tous les quartiers, de Caudéran à la Bastide, via des circuits de proximité. Quant aux paquebots, je ne les fermerai pas car ils progressent sur le plan écologique, mais nous aurons une approche sélective pour éviter l’invasion de la ville. Nous devons gérer l’estuaire dans sa globalité, en développant le tourisme fluvial écologique sur la Garonne et la Gironde, des axes aujourd’hui sous-utilisés.
Comment, en tant que maire, comptez-vous cultiver, travailler et renforcer le lien et les échanges avec les représentants du tissu économique local ?
Je vais instaurer une logique de dialogue continu et systématique. Je préconise des réunions régulières et courtes, de 30 à 40 minutes, en visioconférence, menées par les adjoints, avec une transparence totale : les comptes-rendus seront immédiatement publiés sur le site de la ville pour que chaque professionnel puisse suivre les débats. Bordeaux doit être le cœur d’une toile d’araignée économique, travaillant en synergie avec les villes moyennes comme Marmande, Libourne, Arcachon ou même Angoulême et La Rochelle. Il ne doit plus y avoir de concurrence ni d’ignorance entre nos territoires.
Cette logique de circuit court doit s’appliquer partout. Il est anormal que les producteurs locaux n’aient pas un accès direct et privilégié au marché bordelais. C’est pourquoi je veux repenser le rôle du Marché d’Intérêt National de Bordeaux. Je propose de lancer une étude pour envisager son déplacement à l’extérieur de Bordeaux, proche de la rocade, afin d’optimiser la logistique et les flux de proximité. Le territoire actuel du MIN pourrait alors être réutilisé pour le développement des quartiers Euratlantique et Belvédère. Le MIN doit jouer un rôle beaucoup plus fort dans l’approche des circuits courts avec la région. Je multiplierai également les événements de quartier, comme des fêtes régulières associant producteurs locaux et commerçants, pour dynamiser l’activité même en saison creuse.
Pour porter cette ambition, je le précise clairement : je veux absolument obtenir la présidence de Bordeaux Métropole. Il est insensé que le maire de Bordeaux ne soit pas président de la Métropole, car la plupart des leviers de transformation, qu’il s’agisse de l’attractivité ou de la logistique, se situent à cette échelle. C’est en travaillant avec l’ensemble des maires, dans une logique de cogestion et de tempérance, que nous ferons décoller ces projets.


